Jean-François Boclé | Martinique

Né en 1971 à Fort-de-France, Martinique, où il vécu ses quinze premières années,
Vit et travaille entre à Paris, France
Installation, performance, vidéo, peinture, photographie, écrit
http://www.jeanfrancoisbocle.com/

Se déplaçant sur un large spectre de médiums -installations, vidéos, dessins, wall paintings, sculptures, photographies, interventions dans l’espace public, performances, écrits- Jean-François Boclé met en proximité sa mise au lointain de son « île démesure » (1) qu’il quitta à quinze ans, et l’Histoire, celle de son continent l’Amérique, celle des « partages du monde, de Tenochtitlan, Valladolid, Berlin, Versailles, Yalta, à Davos » (1).

Sur un mode provocateur ou plus allusif, usant volontiers du grotesque, Jean-François Boclé questionne les «blocages et circulations entre présent et passé, entre l’attente et le refus et la geste créatrice de nos post coloniaux, post Colomb, Post America, Post Atlantique (1). Comme il le dit avec un sourire de nouveau né, « L’Histoire j’en fait ma chose, mais elle a commencé la première (1). Incessamment et joyeusement il mixe et remixe histoire individuelle, la sienne et Histoire, celle des Livres et tragédies, celle des grandes respiration de l’Homme, et remixe encore le bien «chaotique Nous» (1), le Nous américain, le nous postcolonial, le nous mondial et « la toujours très Sainte Marchandise, celle pour qui nous érodons, et celle qui nous érode, qui nous a fait, entre échange et perte ». (1)

«L’Amérique, là où l’Atlantique s’est noyé, est mon laboratoire. C’est de là que je pense. Nous n’avons pas l’Histoire si courte, elle touche à la démesure. Démesure de cinq siècles de tragédies coloniales et de trauma des anciennes frontières du monde»(1). «Quand je vais à Fort-de-France, Cali, Santo Domingo ou New York, je suis autant baigné dans la permanence des rapports de pouvoir issus de dite La Encuentra que dans ce Nous américain et caribéen. C’est cette gestation d’un Nous mondial qui a lieu aujourd’hui dans nos dynamiques urbaines et notre actuelle Humanité globalisée.»(1). «Pour Jean-François Boclé qui a perdu une part d’enfance sur un vol Fort-de-France / New York, l’identité penche très tôt du côté de la béance, de l’effacement»(2). Ces travaux interrogent «la mémoire atlantique (Tu me copieras, Outre-Mémoire, Zones d’attente), celle de la racialisation de l’Homme dans le contexte colonial (Consommons racial, Bananiamonochrome, Je l’ai mangé toute mon enfance), la mémoire des transits, voyages et naufrages contemporains, celle des effacés et clandestins parqués dans des centres de tri, ficelées à des sièges d’avion en partance (Aller simple, Chut ! des Hommes tombent, En débris de mes voyages, J’ai traversé l’océan), la mémoire des écarts du corps social, les molles anatomies qui jonchent les sols de nos villes répandues dans les métros, dans des cages d’escalier (Camouflable, Déposes, Découpe-Déplacement), et nos mémoires et pertes de mémoire numériques (Not Enough Memory) »(1).

Il développe avec le compositeur de musique contemporaine Thierry Pécou une collaboration régulière qui décloisonne les arts contemporains. L’un des modes que prend ce travail est Outre-Mémoire, un projet itinérant (2004-2007-) qui a lieu dans des espaces permettant des circulations organiques entre arts visuels et musique contemporaine. Le pianiste Alexandre Tharaud a réuni ces deux artistes en 2003 avec la visée que se parlent musique et arts visuels, mais également parce qu’ils sont tous deux Martiniquais. Au fil des échanges s’est élaboré ce « mémorial sonore et visuel en regard des hommes, femmes et enfants déportéEs sur le continent américain et mis en esclavage »(1). Alexandre Tharaud a enregistré la pièce de Pécou (64’02, piano seul et quatre instruments) chez aeon en 2004 et chez Harmonia mundi en 2008 (variance pour piano seul), deux nouvelles occasions de croiser leur trois pratiques artistiques autour de ces deux disques illustrés des travaux de Boclé.

Jean-François Boclé se déplace aisément hors des institutions artistiques, dans ce même mouvement qui le travaille en tout lieu toute pratique : être pensé par le déplacement. Durant une année il intervient à la Maison d’arrêt du Val d’Oise auprès d’adolescents agés de 13 à 18 ans mis en détention (2000-2001), en 2002 avec un psychosociologue clinicien auprès de personnes vivant avec le vih au Burkina Faso, ou encore pendant près de cinq ans (2002-2007) auprès d’enfants d’un quartier défavorisé du Nord de Paris dans le cadre d’une institution fondée par des psychanalystes lacaniens (Ecole de la Cause), associant juristes, artistes et psychanalystes, tous engagés autour de la pratique du travailleur social. Il a réalisé depuis 2004 des dizaines de workshops et d’interventions auprès d’étudiants en art, ou d’élèves et étudiants de l’école maternelle à l’université, tous pensés comme des «Actions relationnelles et participatives ».

(1) Jean-François Boclé

2- Cécile Jouanel, revue « Un, Deux…Quatre » (2005).

Après des études de Littérature Moderne à l’Université Panthéon Sorbonne, il a suivi une formation à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Bourges, France (1995) puis à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris, France (1998).

Jean-François Boclé effectue une résidence à l’IBB – Instituto Buena Bista de Curaçao en 2011, une avec le programme Triangle Arts Trust en 2007, ainsi qu’une en Colombie, à Bogotá, ou en Italie, à Florence, en 2005.

Expositions individuelles de Jean-François Boclé

Terra Incognita – Part I à la Gallery Nomad de Bruxelles, Belgique (2009) ; I Did Not Discover America au BildMuseet d’Umeå, Suède (2008) ; Acte en retour à la Galerie André Arsenec de Fort-de-France, Martinique (2006) ; l’exposition itinérante Outre-Mémoire à la Chapelle de Conflans, France (2006), au Centre d’art contemporain Le Parvis à Ibos, France (2005), au Mapa Teatro / Laboratorio de Artistas à Bogotá, Colombie (2005), au Teatro Nacional Sucre de Quito, Equateur (2005), à Sotteville-lès-Rouen, France (2004) et à l’Ekotechnické Museum de Prague, République Tchèque (2004) ; Bâbords au Palazzo Lenzi-IFF de Florence, Italie (2005) ; Tu me copieras à la Bibliothèque Municipale Nelson Mandela de Vitry-sur-Seine, France (2004) ; Boat au Théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine, France (2004) ou Tout doit disparaître ! à l’Espace Oscar Niemeyer de Paris, France (2001).

Expositions collectives

Saber Desconocer – 43o Salon (inter) Nacional de Artistas à Medellín, Colombie (2013) ; l’exposition itinérante Fetish Modernity dans le RIME-Réseau International de Musées d’Ethnographie – International Network of Ethnography Museums and Word Cultures en Europe (2011-2014) – incluant, entre autres, le Museum für Völkerkunde (2012, Vienne, Autriche), le Musée National Naprstek Museum of Cultures (Prague, Republique Tchèque) et le National Museum of World Culture, (2013, Stockholm, Suède) ; Caribbean: Crossroads of the World au Queens Museum of Art de New York, USA (2012-2013) ; Broken Memories au Museo AfroBrasil de São Paulo, Brésil (2012) ; Who More Sci-Fi Than Us à la Kunsthal KadE d’Amersfoort en Hollande (2012) ; Caribe Expandido au Centre Culturel de Rencontre Fonds Saint-Jacques de Sainte Marie, Martinique (2011) ; l’exposition itinérante Focus on the the Global Caribbean Landscape à la Fondation Clément en Martinique (2012), au Little Haïti Cultural Center à Miami, USA (2011), au Museum of Contemporary Art de San Juan à Porto Rico (2010) et à Sète, France au MIAM – Musée International des Arts Modestes (2009) ; White Walls, red floors, black corners à la Gallery Nomad de Bruxelles, Belgique (2011) ; The Reality of Perception à la Gallery Nomad de Bruxelles, Belgique (2010) ; miXed au Parnassus Kerk de Gent, Belgique (2010) ; Kreyol Factory à la Grand Halle de la Villette, Paris, France (2009) ; Un musée imaginaire lacanien à La Cambre de Bruxelles, Belgique (2009) ; Latitudes 7 au MAC du Panama, en Guadeloupe, en Nouvelle-Calédonie et en France (2007-2009) ; Atlantide Caraïbe à la Fondation Clément de Martinique (2008) ; Hawkins & Co au Contemporary Urban Centre de Liverpool, Angleterre (2008) et à l’Elspeth Kyle Gallery de Londres (2007) et l’exposition itinérante Temporary Cities au Portugal, en Lituanie et en Russie (2006).

Biennales, foires

Jean-François Boclé a également participé à la 10e et à la 11e Biennale de La Havane, Cuba (2009, 2012 – respectivement) ; à la 8e Biennale du Mercosur à Porto Alegre, Brésil (2011) ; à la 31e Biennale de Pontevedra, Espagne (2010) ou encore à la 1e Biennale de Thessalonique au State Museum of Contemporary Art, en Grèce (2007). Il prend part à Happy islands, Prome Encuentro Bienal arte contemporaneo di Caribe à Aruba (2012) – la première biennale d’Aruba.

Ses œuvres ont également été exposées lors de l’International Festival of Contemporary Sculpture Escaut. Rives, dérives en France et en Belgique (2011) ou au 3e Festival Mondial des Arts Nègres-FESMAN, Modernités + Résistances, de Dakar, Sénégal (2010).

En 2010, le travail de Jean-François Boclé est présenté en Solo Project lors de la 28e Foire d’Art Contemporain Art Brussels en Belgique.